Ce Jugement dernier décorait la salle du tribunal des échevins de l’hôtel de ville de Bruges. Provoost souligne le rôle de Rédempteur joué par le Christ en lui faisant montrer sa blessure au côté, symbole de son sacrifice. Détail piquant : des ecclésiastiques apparaissent non seulement à la porte du ciel, mais aussi près du gouffre infernal. Ils ont été surpeints en 1550 par Pieter Pourbus, après que Charles Quint eut interdit toute critique du clergé. Les surpeints ont été presque entièrement retirés en 1956.
Chef-d'œuvre flamand
Le tableau du Jugement dernier est certes impressionnant, mais son cadre l’est aussi. Les comptes de la ville nous apprennent qu’il a été fabriqué par un certain Jacob Kempe. Celui-ci a en effet été payé pour « tleveren ende maken van den houttewerke van den tavereele daerinne tOirdeel ghescildert es » (la livraison et la fabrication des boiseries du tableau dans lequel est peint le Jugement). Nous ne savons pas si ce cadre est la propre création de Jacob Kempe ou s’il a été réalisé d’après le projet d’un artiste – peut-être Jan Provoost ou Lancelot Blondeel. Ce qui est sûr, c’est qu’il a fait sensation pendant des générations. D’après des sources anciennes, le couronnement du cadre a en effet été réutilisé au xixe siècle pour la fabrication d’une armoire du bureau du bourgmestre. D’après cette même source, les armoiries de Charles Quint, avec les colonnes d’Hercule et la devise « plus oultre », étaient peintes sur l’écu du couronnement. Ces éléments ont malheureusement disparu aujourd’hui, en raison des nombreuses adaptations apportées à l’encadrement. Ce n’est qu’en 1934 que l’encadrement a été cédé au musée et qu’il a retrouvé son emplacement autour du tableau pour lequel il avait été fabriqué.