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Strook aux Sint-Janshospitaal

Dans le grenier de l’hôpital Saint-Jean, Strook présente des sculptures disposées isolément, entre autres « One More Day IV » et « One More Day V ». Il s’agit de vitrines en acier fermées par un vitrage mat, dans lesquelles un buste en bois de récupération semble disparaître. L’enveloppe qui entoure la figure crée une distance entre la sculpture et le spectateur. Elle rend toute rencontre impossible. À distance, on voit les contours des figures, mais quand on s’approche, elles s’estompent pour devenir des créatures inaccessibles. Comme un mirage du souvenir.

Dans son œuvre, Strook montre combien tout est évanescent, surtout quand le poids du temps commence à agir. Le temps est intangible, on ne peut pas s’en emparer, on ne peut que l’exprimer. Presque toutes ses œuvres parlent de la fugacité des choses, mais aussi de souvenirs qui s’estompent irrémédiablement.

Strook porte lui-même quelques traces profondes qui l’ont marqué dans sa vie. Les titres de ses œuvres et de ses expos suggèrent un drame personnel, qu’il traite dans ses sculptures, ses tableaux et ses installations. Son frère est décédé en 2012. Cette perte transparaît partout dans son œuvre. Son expo « One More Day » de 2019 tournait autour du désir, impossible à satisfaire, de passer encore une journée, une seule, en compagnie de son frère.

Strook constate lui-même que les souvenirs concrets ou les sentiments s’effritent en lui. Le temps les ronge, tout comme il ronge le bois. Ses souvenirs deviennent une construction mentale, un monument qu’il a érigé dans sa tête. Dans ce sens, on peut aussi considérer son œuvre comme une architecture mentale : un amoncèlement de souvenirs et de pensées en train de disparaître. Ce sont des morceaux de réalité altérée. Des espaces mentaux et des monuments commémorant des souvenirs qui disparaissent peu à peu.

La perte de son frère reste un point de repère dans la vie et l’œuvre de Strook. Depuis la mort de son frère, il a pris conscience de la fragilité de l’être humain. Être fragile n’est pas un signe de faiblesse, dit-il. C’est au contraire faire preuve de courage que d’oser malgré tout s’attarder sur la finitude de la vie.

L’œuvre de Strook symbolise le rapport de l’être humain avec son environnement. La façon dont les nomades que nous sommes s’approprient des lieux, interviennent sur ceux-ci, puis abandonnent tout et laissent tout dépérir. Ce processus naturel de construction et de destruction est typique de son œuvre. Il s’agit au fond de la circularité de notre existence. Car tout finit par disparaître, même l’être humain et la vie.